Comme nous le savons Jean a été Professeur et Oratorien. Sur Reims depuis 1606 deux collèges s’affrontent, le collège des Jésuites et le collège des Bons Enfants. Le collège des bons Enfants a été fondé vers 1220 par un universitaire parisien, lors de la construction de la cathédrale. En 1745 il existe deux doctrines sur l’enseignement à Reims, d’un coté les Jésuites, de l’autres les oratoriens avec le collège des Bon Enfants. Tous les deux s’opposent. Même si l’oratoire a été divisé vers 1709 par le Jansénisme, qui est une doctrine développée par Cornélius Jansen (1585-1638), cette doctrine est stricte et s’oppose vivement aux Jésuites. Les Jésuites croient au libre-arbitre, alors que les Jansénistes sont des fatalistes et pensent que tout est écrit d’avance. Il semble que l’esprit de liberté, d’ouverture, de philosophie a été choisi par Jacques pour l’enseignement de son fils. Jean fait donc ses humanités et sa philosophie DANS « l’excellente pension que Witry possédait à cette époque »[1], puis il acheva ses études sur Reims au collège de l’université dit le collège des Bons Enfants.
L’ORATOIRE de Jésus-Christ fut fondé en 1611 par le Cardinal Pierre Bérulle né en 1575 au château de Cérilly, près de Troyes. Sa fonction principale « l’institution des prêtres » mais sous la demande de Louis XIII elle consacra une partie de son activité à l’éducation de la jeunesse. Une Phrase de Voltaire nous indique : « la congrégation de l’Oratoire est la seule où les vœux soient inconnus et où n’habite pas le repentir... »
Les Jésuites ont à cette époque certaines difficultés, en 1742 le pape Urbain VIII interdit les rites chinois, puis ils sont attaqués par les Jansénistes, les Encyclopédistes, les philosophes et les Gallicans. En 1759 le Portugal les bannit, et la France les bannit en 1763 enfin la Compagnie de Jésus est totalement supprimée par le Pape Clément XIV. C’est d’ailleurs à cette époque que toutes les propriétés des Jésuites de Reims vont être donné à l’université de Reims et à son collège des Bons Enfants. C’est en 1814 que le Pape PIE VII rétablit la compagnie de Jésus, ils vont revenir à Reims en 1874 avec la création du lycée Saint-Joseph.
Jacques Rousseau n’ayant plus que deux enfants pouvait faire ce choix, le prix de la pension y était de 700 livres tournois par an[2] en 1750 une livre tournoi équivalait à 0,13 gr d’Or [3], le recrutement des pensionnats se fait chez les nobles,les officiers roturiers, les professions libérales, les Négociants, les Bourgeois et les fermiers[4]. L’hypothèse de études Reims s’appuie sur l’étude de W.Frijhoff et D.Julia[5] sur le circuit scolaire des Oratoriens avant l’entrée dans la congrégation, la majorité viennent des oratoriens, puis des Jésuites, ou des collèges séculaires.
Après cette première formation il semble exister une dissociation entre les choix de Jean et de sa famille, l’extrait du discours lors de son entrée au Panthéon nous apprends :
« En vain ses parents voulurent le contrarier et le diriger vers une autre destination; Mais il fut inébranlable dans ses goûts, hélas ! Commandés par la nature qu’il est si difficile de surmonter. Il eut surtout un attrait particulier pour les mathématiques et les connaissances astronomiques, et avec cet attrait il fut doué d’une mémoire prodigieuse. Pour se livrer tout entier à son penchant, autant que pour se soustraire aux importunités qui le poursuivaient, il se retira à Nantes au sein de cette congrégation paisible et remarquable en ce qu’aucun vœu n’y engageait ses affiliés, et qu’on n’y exigeait que des talents à utiliser, à perfectionner, et des vertus à pratiquer. »
Jean est donc parti ou a fuit Witry-les-Reims et sa famille pour se consacrer à ses études.
Nous retrouvons sa trace dans les dossiers du frère Emile Bonnardet, dans les archives de l’Oratoire de France, il entre à Paris le 4 mai et reçu le 24 mai 1756 (400 h et entretien, 18 ans, Tonsuré) les deux premiers détails ne sont pas compris. En 1756 il sera à l’institut de l’Oratoire de Paris[6]. De 1758 à 1760 il est professeur de philosophie à Montmorency, puis de 1760 à 1764, au collège de Juilly, il est préfet de chambre commune et suppléant de pension. Il sera aussi professeur de mathématiques et d’hydrographie au collège de Nantes. Peu avant l’arrivé d’un Oratorien qui le suivra pendant quelques années encore : Joseph Fouché. Il est rentré comme professeur à l’age de 31 ans en 1770 né un an après Jean donc ils ont dus se connaître car J.Fouché va être le directeur du collège jusqu’en 1792 fermeture du collège. D’autres biographie de Fouché[7] indique qu’il serait parti pour Nantes par punition ? comment peut on être puni en devenant directeur d’un collège. Par contre Fouché a été prêtre.
Nous savons que Jean était Mathématicien et hydro graphiste, et nous savons aussi que les Sciences étaient enseignées au collège de Nantes, J.Fouché était professeur de physique. Le contenu de la bibliothèque du collège nous est donné par le fond ancien de la bibliothèque municipale de Nantes qui indique que l’on y trouvait par exemple le Journal des savants, les Mémoires de l’Académie royale des sciences, l’Histoire de l’électricité de Priestley. Le rôle du livre chez les Oratoriens se retrouve dans la publication d’ouvrages pour l’enseignement des sciences également disponibles dans la bibliothèque. On peut citer le Traité de mécanique du P. Lamy, paru dès 1679, également auteur des Entretiens sur les Sciences, parus en 1684, dans lesquels outre la méthode d’étudier, on apprend comment on doit se servir des sciences « pour se faire l’esprit juste et le cœur droit ».
On peut donc à ce titre considérer l’enseignement des sciences physiques au collège de Nantes comme un enseignement proche des idées des philosophes des Lumières. Un pur produit de cet enseignement de l’Oratoire est Gaspard Monge, qui lui doit sans doute ses conceptions sur le rôle de la science et la création de l’école polytechnique. Jean Rousseau a donc était bien entouré pendant toutes ces années d’apprentissages et d’enseignements, il a connu J.Fouché, G.Monge et sans doute bien d’autres hommes tous liés par les idées des philosophies des lumières.
Dans l’histoire du collège de Nantes, nous apprenons qu’entre 1789 à 1792, les idées nouvelles sont partagées par le personnel de l’Oratoire. J.Fouché lui-même est chargé de la direction du collège, mais il n’y a pas d’évolution en ce qui concerne l’enseignement de la physique, qui n’apparaît toujours qu’en dernière année. La loi du 12 octobre 1791 oblige en effet les établissements à conserver leur système de fonctionnement. Mais en juillet 1792, le collège disparaît : la commune de Nantes supprime le traitement des professeurs, estimant que l’éducation est désormais du ressort de la communauté nationale. Toutefois, la municipalité comme le directoire du département sont tout à fait conscients de la nécessité d’une instruction publique réformée ; Et le 24 octobre 1792 s’ouvre un nouveau collège sous le nom « d’institut national ». C’est donc une page qui se tourne pour les professeurs, nous savons dans la biographie de Fouché qu’il sera député en 1792 C’est le 18 août 1792 que l’assemblé législative supprime les congrégations séculaires, nous savons que certains Oratoriens s’engagent dans la révolution, tels joseph Fouché et Jacques Nicols Billaud-Varennes, ce dernier devient procureur en 1778, puis se lie avec Danton, Marat et Robespierre[8]. Après cette suppression, la congrégation compte 284 prêtres, 51 vont opter pour le clergé constitutionnel ; 15 périssent en prison ou sont guillotinés, certains se cachent ou émigrent.
Pendantes toutes ces années Jean ne fera pas de vœux et sera Confrère[9]. Il va quitter l’Oratoire en 1764, il a 26 ans. Sur le départ de l’Oratoire, il existe une biographie de la Chambre de Commerce de Chalons en Champagne, qui nous indique une autre hypothèse non vérifiée par nous, il serait revenu à Nantes comme professeur du collège de l’Oratoire ! Chose encore plus surprenante, J.Fouché aurait été son élève ! nous l’avons vu, J.Fouché était préfet du Collège de Nantes et en plus Joseph et Jean ont le même âge ! De plus pour le biographe P.Foillot il quitte le collège en 1778, il serait resté auprès de J.Fouché pendant 8 ans ? Rien n’est vérifié. Le travail d’E.Bonnardet semble plus juste, il a repris à la plume toutes les biographies de Jean Rousseau :
- La biographie de l’Oratoire de France
- M.M.607,Ge Catalogue, N°1443
- M.M.612,N° 1643 de ma copie
- M.M. 614, page 82 ; N°431
- M.M. 617, page 96 ; N°4307
- M.M. 615, N°1331
- Rable-Boisjoilin et Ste Preuve Diag univ du contemporains, Paris, Bocquet 1839 Gral in 8e TV p 689
- Adry : Bibliothèque des écrivains de l’Oratoire, CV p 55 ( Bibl Nle Fond Fn 25.685)[10]
- Guèrard : France Littéraire, Paris Didot, 1836,T VIII p 191
- Id.ilid VIII, p 232
- Biographie moderne, Leipzick, 1806, T IV p 202
- Biographie moderne, Paris , Egenery et Delaussay, 1815, T II p 462
- Biographie Universelle Paris Furne 1838, 6 vol in 8 TV p 306
- Robinet Dictionnaire de la Révolution T II p 711
- Arnault : Biographie nouvelle des contemporains Paris T XVIII p 257
Le travail de l’abbé Bonnardet semble plus juste, par le classement, par les dates et les sources des événements de la vie de Jean.
[1] Histoire de Witry-les-Reims par l’abbé Dessailly 1870
[2] Livres de Comptes de la pension du collège de Juilly ( Seine-et-Marne) vers 1770
[3] Équivalent à 217 gr d’or 1 gr d’or fin = 10,26 ( 2006 ) équivalent à 2226,42 euro annuel
[4] L’éducation des riches deux pensionnats : Belley et Grenoble W.Frijhoff et D.Julia p 117
[5] Les Oratoriens de France sous l’ancien régime. W.Frijhoff et D.Julia
[6] Pour la petite histoire il semble que cet édifice est été pris en 1800 par l’empire pour la création de l’établissement de la Banque de France
[7] Fouché Stephan ZWEIG les cahiers rouges grasset
[8] J.Fouché a connu Robespierre a Arras, il semble avoir aidé Robespierre sur le plan financiers pour qu’il puisse monter à Paris.
[9] Archives de l’Oratoires de France : les Dossiers d’Emile Bonnardet
[10] Adry, Jean Félicissime. 1790. Bibliothèque des écrivains de l'oratoire, ou histoire littéraire de cette congrégation ou l'on trouve la vie & les ouvrages, tant imprimés que manuscrits, des auteurs qu'elle a produits depuis son origine en 1613, jusqu' à présent. A Paris: [s.n.].
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